Place Saint-Just

Le travail réalisé par l’école élémentaire

La place Saint-Just

Bonjour, je m’appelle la Place Saint-Just mais avant je m’appelais la Place de l’Ormeau.

Je ne sais plus trop en quelle année je suis née car je suis un peu vieille et que je perds un peu la mémoire, mais je vais tout de même essayer de vous raconter ma vie du mieux possible.

Sainte-Anastasie a dû commencer à se construire d’une part au quartier de Naple, et d’autre part, autour de cette grande demeure qui se trouve encore sur moi et qui vous fait face. Cette bâtisse qui était alors plus petite, était celle du Consul*, c’est-à-dire de l’ancien maire, et la première famille à s’y installer fut la famille D’Entrechaux.

Moi, dans mon enfance, au Moyen-âge, j’étais la cour en terre battue de cette demeure. En effet, quelques pierres de construction gravées datent du …….. , euh ……., ah oui je me rappelle, c’est du début du XVIème siècle. Mais on m’a dit qu’il existe des documents aux archives départementales qui mentionnaient déjà Ste-Anastasie en 1250 je crois, et d’autres documents écrits en 1152 dans lesquels l’église qui se trouve derrière vous était déjà citée.

Tout cela ne me rajeunit pas !

Les terres de cette demeure s’étendaient à l’arrière cour jusque vers les aires (de battage), et moi j’étais fortifiée avec des grands murs dont il reste des vestiges côté Est et que les anciens appellent “les remparts”.

On retrouve aussi ces vestiges dans les soubassements des maisons édifiées contre mon côté sud. Il me semble que ces maisons ont été construites autour de celle du Consul quand le village s’est agrandi vers 1680-1700 pour former ce qui, au début, était plus un 2ème hameau après Naple, qu’un village, et je me suis retrouvée protégée d’éventuelles attaques.

Là, je me suis sentie en sécurité.

Accolé à la façade nord de l’église, le cimetière a été installé, mais je ne vous précise pas à quelle période car ma mémoire me joue un peu des tours. En revanche, je sais qu’il a été déplacé un peu avant la Révolution pour l’éloigner du centre du village et probablement par souci d’hygiène. Il me semble entendre encore les gens se plaindre.

Et puis, adossé au mur de ce cimetière, se trouvait un four banal** pour la cuisson du pain de nombreuses familles, ce qui incitait les gens à venir me voir. Ça plaisantait, ça se disputait, et ça me faisait de l’occupation. Puis, longtemps après, s’est installée mon amie la boulangerie qui sentait bon le pain chaud. Et dire que je ne pouvais pas le goûter, quelle frustration ! Les jeunes d’aujourd’hui disent « je suis trop dég! », je le sais, je les entends le dire.

Et oui, je suis âgée, mais je ne suis pas sourde !

En revanche, je n’ai pas manqué d’eau bien fraîche car une fontaine, alimentée avec l’eau de l’Issole m’y a été installée pour remplacer l’autre point d’eau qui était l’ancien lavoir (« la fontaine au loin comme certains l’appelaient »), où l’eau était devenue impropre à la consommation, à cause de la fumure organique naturelle utilisée pour les jardins potagers des Horts.

A la fin du XVIIIème siècle j’ai été rebaptisée « Place de l’Ormeau », du nom de l’arbre de la liberté que l’on m’y a planté après la Révolution comme dans toutes les communes, et qui m’a accompagnée pendant quasiment 200 ans.

Pendant un temps il y a eu aussi sur moi deux platanes, et un mûrier permettant d’alimenter en feuilles quelques élevages particuliers de vers à soie.

De cette cour que j’étais, je suis donc devenue au fil du temps la place centrale où la vie du village s’y est déroulée en partie. Outre les nombreuses discussions que j’ai pu entendre au quotidien, on y a cuit du pain, on y trouvait la poste, de nombreuses générations ont maintes fois tassé mon pauvre corps pour en faire la piste de danse de la fête de la Saint-Just, et malgré les courbatures du lendemain, j’adorais ces moments festifs et joyeux. Et puis, pendant 2 à 3 siècles, on s’y est même fait inhumer. Il semble également qu’avant l’école publique, la toute première « école », confessionnelle (religieuse), se trouvait dans la maison du curé attenante à l’église, mais ça aussi j’ai bien peur de l’avoir oublié.

En fait, je n’ai jamais été conçue pour être une place, car à ma naissance j’étais une cour de ferme, et c’est pourquoi je me distingue des autres places, car je ne suis pas horizontale.

De fait, même si j’étais un lieu de rencontre, je n’étais pas vraiment un lieu commerçant, et je suis sûrement une des rares places sur laquelle il n’y a jamais eu de bar, peut-être à cause de la présence de l’église !

Aujourd’hui, en observant les maisons qui m’entourent, certains détails vous donnent aussi quelques informations sur mon passé :

– Observez les maisons colorées, elles sont surtout enduites du côté Est, d’où arrive la pluie. On économisait souvent l’enduit sur les façades opposées.

– Un anneau en fer au bas d’une façade montre qu’on y attachait des chevaux. Cherchez-le !

– Une poulie en haut de cette même façade indique qu’il y avait des greniers sous les toits et que l’on montait par l’extérieur ce qu’on devait y stocker. Cherchez-la !

Enfin, peu de temps après la fin de la deuxième guerre mondiale, je suis devenue la Place Saint-Just et je porte depuis, le nom du Saint patron du village.

Maintenant, je m’excuse mais comme je suis un peu fatiguée d’avoir beaucoup parlé, et que vous devez peut-être commencer à vous lasser, je vais vous saluer car je vais devoir me reposer. N’oubliez pas de lire l’histoire de Saint-Just sur la plaque du Pays d’Art et d’Histoire de la Provence Verte. Vous y verrez une photo de moi plus jeune avec mon ormeau.

Merci d’avoir écouté mon histoire. N’hésitez pas à poursuivre la visite de mon beau village, et à une prochaine fois.

Ici on dit “A ben leù!”

* Consul : Au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime, magistrat municipal de certaines villes du midi de la France, autonomes par rapport au seigneur. (Institués vers 1130, les consuls, dont le nombre variait, assuraient la direction et l’administration générale de la ville.)

** Four banal : À l’époque féodale, selon les régions, le four à pain est parfois un privilège de seigneur (comte, archevêque) dont il tire profit en prélevant une taxe sur chaque cuisson (banalité), et les sujets du seigneur ont l’obligation d’aller au four banal. L’utilisation de ce four reste obligatoire jusqu’à la Révolution qui confère aux habitants le droit de cuire leur propre pain : le four banal devient communal ou est le plus souvent donné en fermage à des boulangers qui payent tous les ans une redevance aux consuls et conservent un droit de fournage.

 Les élèves du CM2 et Gérard CONTI, leur enseignant, remercient toutes les personnes qui les ont aidés et plus particulièrement Jean-Pierre Morin, Olivier Hoffmann, et Edouard Brun pour leur apport de connaissances, ainsi que Pascal MESSAOUDI pour tous les enregistrements. Sans eux, et sans le sérieux des élèves, ce projet n’aurait pas pu aboutir.

Avec, dans le rôle de la place, et enregistrés par Pascal dans l’ordre d’apparition :

Juliette BASIEZ-OSTROGRADSKY, Serena BEAUMONT, Lilou BOUVIALE, Maëlle CABY,

Angelo et Lino CAVEGLIA, Morgan CUNY, Célia DURANDO, Noélie FAISSOLLE, Jenny HARDY,

Tehau HENRIOT, Mayssane JOMAIN, Lewis LOPEZ, Lily MANERA, Léa MATHELIN-GRELLY,

Loann MESSINA, Océane PASCAU, Cylia PES, Elora RAMPIN, et Isadora RIQUET.

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